« Je est un autre » (A. Rimbaud)

 

                                     je est son propre joug

                                     je et son propre jeu

                                     étrange jet des soirs murmurants

                                     je t’ai convoquée

                                     parole outragée

à draguer les rêves dans les estuaires à imiter le bruit de la scie des jours mélodiques dans les plis de la mémoire où se lovent nos fuites à ronger nos fers en apnée dans les souvenirs malvenus nos trophées d’enfances mutilées et l’encre sur tes doigts pour masquer le sang dans les yeux les impossibles déserts sur les lèvres les crachats du réel

                             poésie arbre nu

à gravir les degrés de l’effroi à dévaler les pentes de l’éphémère où tu n’étais plus à déguerpir des passions suspendues à hanter les jardins fragiles au gré de nos rencontres nocturnes mères blessées et patientes enfants fidèles hauteurs des élans sur les falaises haut-risquées amour des baleines tragiques

                             poésie acrobate

à risquer le hasard aux portes de l’inconscient à narguer les retours de bâtons des réveils ahuris à remonter les cours impétueux dans le sens de la montre et voler dans des nids interdits autels des rêveurs affamés hurlement des matins frissonnants littératures en porte-à faux

                            poésie habitude souterraine

à frapper les trois-coups de l’adolescence aux parterres de l’ennui à dompter les jeûnes des faubourgs érudits le bonheur clé-en-main à rêver des passions jaguars totems éventrés dans les lisères jalouses à libérer l’homme de l’homme chemin des dualités navrantes

                           poésie archipel des bannis

à rapiécer nos vies nos désirs décousus à frapper aux portes muettes des lendemains saccagés à remembrer les lunes morcelées les vertiges ah tu t’enfuyais haletant à courir les promesses non tenues à sécher en plein jour les caillots des avenirs récalcitrants les trahisons consenties et toujours tes moignons arborescents

                           poésie mère sans bras

                           poésie sans appel

Publicado en Sen clasificar | Deixa un comentario

c’est encore la nuit

tu as soif

et je saigne

 

je suis encore moi

derrière cette porte en feu

je te suis interdit

dans ton hôpital désert

tu déchires ma camisole

au réveil

pour mes bras en ruines

tu peindras

les monstres insaisissables

qui hurlent au fond de l’ âme

insondable

comme un lac noir

ce miroir où s’écrit

l’envers de nos décombres

Publicado en Sen clasificar | Comentarios desactivados en

L’arbre vient au monde sans écorce. Plus tard, fatigué, il se drape dans ce dur manteau qui obstrue toutes ses ouïes.

Il peut garder son manteau pendant des siècles. Personne, pas même une blanchisseuse, pour en ôter les faux-plis.

Un siècle est long. L’arbre, privé des gémissements du monde, dort. Parfois un mauvais rêve le fait trembler. Parfois aussi, ivre de sommeil, il s’ouvre et éjacule son sang. Puis, sans tarder, il se referme.

Celui qui affirme être entré dans un arbre est un menteur. Ou bien l’arbre lui faisait une bonne blague, afin de faire rire ses camarades. (Parfois cela peut-être un piège).

L’homme bavard, peu au fait des choses silencieuses, plus fortes que lui, croit que l’arbre est mort. Eh! En fait il sommeille, ou il feint, et se moque bien des ignorants. D’où le piège.

Je n’ai jamais parlé à un arbre.

Je fus un arbre.

Publicado en arbres, François Davo, Poesía | Comentarios desactivados en

4 Voltas. Un libro de artista de Tono Galán e François Davo.

En maio na Fundación Luis Seoane (A Coruña).

Publicado en Sen clasificar | Comentarios desactivados en 4 Voltas. Un libro de artista de Tono Galán e François Davo.

Baptême du vide

Un collage de Begoña Paz

on avait failli t’appeler

méandre de folie

épouvantail de l’ennui

dédain de la solitude mais-pas-tant-que-ça

ou course-poursuite

et tu ne répondais à rien de connu

alors on écrivait des slogans anachroniques

comme des envies à rebours drapées de cortèges

et de panoplies de figurants désuets

on composait en apnée dans les cimes

des trucs pour te faire sourire

des trucs pour vriller la nuit

de chorégraphies de tigres rassurants

car il fallait être impérativement

moderne ou heureux

et on ne savait jamais que choisir

apprentis des vertiges appliqués

à recoller nos morceaux

drainés par des langues glacières

le long de pourparlers inutiles

et puis à compter sur tes doigts

nos solfèges insoumis et impairs –

halo de tes rêves dansant dans tes yeux

comme j’appris à lire sur tes lèvres

et à aimer l’imprévu sur les corps hachés de tes mots

échoués sur les moraines coupantes

Publicado en Sen clasificar | Comentarios desactivados en Baptême du vide

Sous le regard des saisons

Sous le regard des saisons é o meu último libro, ainda sen rematar. Como estes anos usei varios formatos (libro de artista con Tono Galán, carpetas artísticas de fotos e textos impresos en colaboración co fotógrafo Gustavo García Roig, libro de arte realizado e encadernado polo Obradoiro Penumbra, e-book, etc.) tiña ganas de experimentar outro tipo de difusión.

Lembrando o que aprendín do Mail Art grazas ao pintor Carlos Botana, decidín espallar os poemas que o compoñen fabricando postais feitas a man ; postais nas que o haikú sustitue a imaxe habitual. Xa realizara algunha postal, pero sempre cun máximo dun verso, e que agasallaba de man a man. Desta vez decidín, usando o termo de poesía postal, enviar cada unha por correo ordinario. O selo de correos dando fe do procedemento e da data do mesmo. A cada destinatario/a lle toca un poema diferente.

Entón, dun libro con certa unidade (só haikús case que canónicos con referencia cada un a cada unha das estacións) xorde un esparexer, un esmigallar. Sempre me interesou o tema da fragmentación -como o noso coñecemento-, do incompleto -quizáis como o que sabemos de nós mesmo/as ; e tamén a efervescencia. Tamén me interesa, en plena era dixital, voltar ao traballo manual (tinta, pluma, papel Guarro de algodón) e ao correo postal de superfice (terrestre). Hai libros que reunen poemas dispares, sendo auténticos caixóns de sastre (e non teño nada en contra). Nesta ocasión é o procedemento inverso : a unidade desfaise para dar voo a cada poema. É o que ocorre tamén co proceso da erosión, que me fascina ; como o vento dispersa as fraxilidades do Dente de león. Sen esquecer o traballo das abellas que, indo de flor en flor, ao espallaren fomentan creación e vida (que son a mesma cousa).

Que cada quen faga o que quiera con esa mínima parte que lle tocou: conservala, reencamiñala ; e, porque non, intervila e/ou incluila noutro traballo de Mail art.

Publicado en Sen clasificar | Comentarios desactivados en Sous le regard des saisons

O-Sol-da-Deusa-reducida

Un battement d’aile soudain est une amitié : on y reconnait une musique de l’érosion, la caresse de notre impardonnable usure, celle que nous accueillons, bienveillants, sur le seuil de notre âge déchu.

L’automne ainsi est doux et lent dans les craquements des sarments.

Le crépuscule hurle ton nom incessant. Seul le son de ces quelques syllabes apaise l’effroi. C’est alors que revient ce que tu as lu de loin en loin sur les visages des défunts. Méandres de vie, ces rides, comme l’envoûtement et l’énigme de l’écorce des arbres.

Le couchant nous épuise dans ce presque rien qui effleure ; cette douceur, c’est la tienne ; cette tiédeur orangée enfin, c’est ton déclin.

 

* “A poesía é un atentado celeste” est une image gracieusement cédée par le poète  Xoán Abeleira.  Qu’il en soit remercié.

Publicado o por François Davo | Comentarios desactivados en Post-scriptum (Prendre les devants. Ecrire d’ores et déjà le dernier poème, comme des adieux anticipés).

Défendre le gel

1

Ecoute l’arrière-mensonge, démasqué. L’éclat de cet obus qui dit l’avant-sommeil des alluvions.

Sauter une à une les haies de l’imagination, perdre son manteau de feuilles vertes accroché aux ronces, le lieu commun de tant de vie. Se dénuder ou se taire.

Je m’absente des paysages de l’enfance. C’est là que j’ai appris à défendre le gel. A aimer le lieu, le foyer sans foi et à ne pas égratigner la nature dans mes jurons. Tout ce que l’immobile a d’envoûtant m’est restitué.
Le présent antérieur récite ses caprices irréguliers: formes attestées, préjugés en vain, désinences sans écho ni mètres.

J’avance au beau milieu des déchirements. Apaisement, ma soeur jumelle qui toujours se refuse à moi, jalouse parce que mon défaut est bien pire que le sien- je suis capricieuse- est une complice dans les hauteurs. Ses doigts, leur audace à démêler ma crinière de brume. Je lui donne du fil à retordre, et puis des boutons à recoudre sur les tiges du verger: chaque printemps sait leurs noms, leur attente d’abeille, le dénouement. Rituel des patiences qui rivalisent et de l’éclosion, l’impatience.

Un torchon d’azur noué aux quatre points cardinaux. Un mouchoir au fond du secret de l’innocence. Enfance, robe blanche.

Et puis une auréole de sang vif interdit, en pleine mémoire. Coquelicot ou tulipe sévère des semaines religieuses. Récitation amère.

Alors pourtant je choisissais la vie.
Tu disais chercher l’or du temps mais tu avais bel et bien toi aussi choisi la vie.

Ah! ma belle fugitive, qui me retient, prisonnier volontaire et qui ne retient qu’un sortilège de ta bouche genièvre, et aussi de cafardeuses aquarelles signées lundi.

Tout-Alors sera son prénom, et sans aucune manière, son refus.
Rien ne me blesse tant qui n’ait le sceau de l’absence, sa devise inscrite sur une margelle élimée qui m’a fait trébucher et goûter la terre amère, mon propre sang. Ses marques sur mes poignets.

Un jour où je m’obstinais à ne rien devenir, à ne me souvenir de rien de connu non plus, tu m’apparais, et j’envie des rêves qui m’ont épargné.

N’allez pas dire que vous m’avez vu sonder ces puits obscurs, soigner ses genoux d’écolière ; amazone qui dans sa course m’ignore et rubans arrachés au nez des bons usages, paumes flétries dans sa chute. Trahison, mon aînée en avance sur mon âge, venait m’amadouer, m’éblouir, m’étourdir. Mais Brumaire et ses voiles favorisait des baisers clandestins.

Parcimonie, une autre fille, ses fleurs, son chant sépulcral et pourtant j’envisageais les meilleures occasions de me faire le beau entre les barreaux de l’acquis et les crachats de trop de réalités. La liberté et un musée désert entre ses cuisses, un vol à l’arrachée.

J’étais l’enfant prisonnière d’un cri qui ne cessait plus.

2

Les pourparlers de l’usure me rendent compte jour après nuit de ce que je n’ai su déjouer. Les pièges demeurent, j’irai haletant au devant de leurs invitations. Battre des ailes, sûrement.
Battre la mesure du hasard, c’est ainsi que tout s’apprenait, aviez-vous déjà pris vos marques qu’imposaient le vide hésitant de l’avenir en trompe-l’oeil, à s’y méprendre, et son pendant, la fillette foulée au pied.

Il faut voir comme s’étire infiniment ce qui est couvé d’arguments raisonnés, couvé par nos mères impériales, nos langues si promptes à nous tendre des pièges.

Qu’est-ce que cette musique des gouffres qui me rendent gré de ma tenue?

Et les saisons écorchées qui me tendent leurs moignons pour solde d’inventaire m’invitent à prolonger une vie cousue d’imparfaits.

Foi des exils les plus longs, les plus intérieurs ; fi des renoncements et des leurres.

Dont acte.

Au diapason des fleuves bavards, ma chevauchée sauvage ; ces fièvres qui m’habitent sont mon souffle ininterrompu, ma parole de crin y trouve son point d’orgue.

3

Je reviens aux paysages de l’enfance.

J’occupe sereinement les marges de l’outrance, sans avoir pour moi le bénéfice du doute.

Tout soudain peut basculer qui me concède l’exonération de la peur comme tribut à l’ouverture des enchantements.
Et j’accueille bienveillant la confusion de mes lignes de fuite. Le bruit du vent le long de ces perspectives ennivrantes.

J’ignore tous les décombres du seuil, j’envisage le soir dès le matin où tout s’apprend et se désapprend dans la danse. Dans les vertiges provoqués : je chevauche l’inconstant et dans la petite foulée qui me fait tenir debout je renoue avec mes désistements. C’est alors que se produit le retour à la danse. Sans l’inventaire complaisant de nos désertions.

J’aime cet instant où l’éphémère s’épand et se rétracte dans les soubresauts des fragments: éclairs de pierre et de métaux dans la futaie.
Appelle-moi, césure du soir. L’amertume s’est anoblie sur le dernier sel des rochers.
Noir intense. Chemin jaune. Fier-à-bras, cheval bascule. Et des fleurs dans les cheveux.

Les oracles se sont tus. Je plaide en faveur des raisons perdues. Il faut pour cela un dernier effort. Je recouvre le vert, c’est une cérémonie. Une souche m’ouvre son coeur. L’automne bravache crache un caillot de raisin.

Que dira-t-on des silex mouillés dès la peur des tigres?

Mourir, je m’ennuyais; je renoue avec l’autre rive. La riposte est cinglante.

Publicado en Sen clasificar | Comentarios desactivados en Défendre le gel

D’un livre d’artiste en préparation

Maruja travaille

Publicado en Sen clasificar | Comentarios desactivados en D’un livre d’artiste en préparation

Para Ramiro Torres

Que irradia a palabra talismánica, a que abrolla nas nosas ramificacións? Incesante o fluir de saiva morna, cando na fin xermola a orixe.

 Nada esvae entón. Todo fica sempre a piques de xurdir.

 Quen irradia, árbore desguedellada na danza ritual? Teces no ar a trama ben visíbel dos ecos de nós. É un fondo respirar o noso, para nacermos no murmurio da follaxe.

 Que irradia a tempada revoltosa detrás das pálpebras? No limiar outra vez, sermos espello escuro -niño de paxaros, devir dos soños.

 (Xiada, a mañá é cantar as terminacións nerviosas da noite).

 

Publicado en Sen clasificar | Comentarios desactivados en Para Ramiro Torres